Moins d’impôt, plus d’inégalités

La baisse de l’impôt sur la fortune a entraîné une concentration accrue des richesses en Suisse, indique une étude récente. Dans la plupart des cantons, la part de la fortune détenue par le pour cent le plus riche est plus élevée qu’aux États-Unis.
La baisse de l’imposition sur la fortune a contribué de manière significative au creusement des inégalités de patrimoine en Suisse. C’est ce que démontre une étude zurichoise, publiée ce mois de février dans la revue Social Change in Switzerland (1).

Inégalités en hausse

Comme dans de nombreux autres pays, les inégalités de fortune ont augmenté en Suisse au cours des cinquante dernières années, soulignent les chercheur·euses. La part des richesses détenue par le pour cent le plus aisé est ainsi passée de 30% au milieu des années 1970 à 42% en 2018. La tendance est particulièrement marquée dans les étages supérieurs de la pyramide sociale: la part moyenne de la fortune détenue par les 0,1% les plus riches a doublé durant la même période; celle des 0,01% les plus fortuné·es a même plus que triplé.

Les différences entre cantons sont considérables, souligne cette recherche menée par des économistes de l’École polytechnique fédérale et de l’université de Zurich. Dans le canton de Nidwald, le plus clément pour les grandes fortunes, le pour cent le plus riche de la population possède 70% de la fortune totale. A Schwyz, cette proportion est de 60%.

Dans le canton de Zurich, en revanche, cette proportion est stable depuis 1975, autour de 40%. Dans 19 cantons sur 26, la part de la fortune détenue par le pour cent le plus riche est plus élevée qu’aux États-Unis, où les inégalités de fortune sont pourtant prononcées.
Une politique qui creuse les écarts

Contrairement à la grande majorité de la population qui vit des revenus de son travail, les ménages très riches tirent une grande partie de leurs revenus des gains et revenus tirés du capital, par exemple sous forme de dividendes, soulignent les chercheur·ses. Or ces flux sont souvent très peu taxés. En Suisse, les gains en capital sur les revenus financiers ne sont même pas imposés du tout. Cette situation favorise les plus riches face à l’impôt. Dans ce contexte, l’existence d’un impôt sur la fortune peut contribuer à un certain rééquilibrage, soulignent les économistes zurichois·es.

En Suisse, les gains en capital sur les revenus financiers ne sont pas imposés

Or entre 1969 et 2018, le taux moyen d’imposition sur la fortune a nettement baissé en Suisse: de 0,73% en 1969, il est tombé à 0,49% en 2018. Des cantons comme Bâle-Ville, Fribourg ou Genève ont maintenu leurs taux d’imposition sur la fortune. Contrairement à d’autres cantons, comme Argovie, Appenzell Rhodes-Extérieures, Schaffhouse et Saint-Gall, où les taux ont connu un recul continu. Les baisses les plus marquées ont été le fait de Lucerne, Obwald, Soleure, Thurgovie et Uri, qui ont mis en œuvre de fortes réductions fiscales entre 2000 et 2015.

Les chercheur·ses ont calculé l’impact de ces modifications sur la concentration de la fortune. Bilan de l’exercice: la baisse de la taxation sur la fortune a nettement augmenté la part de richesse détenue par les contribuables les plus riches au cours des années suivantes.

Les baisses cantonales de l’impôt sur la fortune au cours des cinquante dernières années expliquent près d’un quart de l’augmentation de la concentration des patrimoines parmi le pour cent le plus riche. La politique fiscale cantonale a ainsi fortement contribué à l’augmentation des inégalités. «C’est un nombre impressionnant de ménages très fortunés qui a le plus profité de la baisse des taux d’imposition sur la fortune dans le haut de l’échelle», résume l’étude.

La tendance continue

Les derniers chiffres sur la répartition de la fortune en Suisse, publiés par l’Administration fédérale des contributions, indiquent que la concentration des richesses continue à augmenter. En 2021, 0,95% des contribuables détenant plus de 5 millions de francs concentraient ainsi 44,76% de la fortune totale déclarée dans le pays.

Pour tenter de contrebalancer cette évolution et lutter en parallèle contre le réchauffement climatique, la Jeunesse socialiste suisse a lancé une initiative populaire prévoyant l’introduction d’un impôt sur les successions pour les montants dépassant les 50 millions de francs, et l’affectation du produit de cet impôt au financement de la politique climatique. Le Conseil fédéral appelle à rejeter cette initiative. Selon lui, l’introduction de cette taxe «rendrait la Suisse moins attrayante en tant que pays de résidence pour les personnes très fortunées». AVEC L’ATS

(1) Martínez, I. Z., Marti, S. et Scheuer, F.: «L’influence des impôts sur la fortune sur la répartition de la fortune dans les cantons suisses, 1969-2018». Social Change in Switzerland, n° 40, février 2025.

Le Courrier, 11 février 2025, Guy Zurkinden

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