A Genève, parmi les sept objets cantonaux soumis au vote le 28 septembre 2025, les doubles « lois corsets » suscitent l’opposition majeure de la gauche et des syndicats.
Rejetées par le Conseil d’État, mais soutenues par la majorité de droite du Grand Conseil, les deux lois dites « corsets » (L 12574 et L 12575) suscitent l’ire de la gauche et des syndicats, qui l’ont fait savoir à l’occasion d’une conférence de presse à la fin août.
« La première loi impose que l’augmentation des dépenses de l’État soit strictement liée à la croissance démographique. La deuxième interdit la création de nouveaux postes permanents, sauf dans l’enseignement, en cas de budget déficitaire, ce qui a été le cas sept fois sur les dix dernières années », a expliqué le comité référendaire, par l’entremise de Caroline Marti, membre du PSG. « Les besoins en soins à domicile ont, par exemple, augmenté de 11,5 % en 4 ans, au-delà de la croissance démographique. Comment les développer sans création des postes ? L’Etat fera appel à des auxiliaires, ce qui précarise le travail et menace les mécanismes salariaux », estime Geneviève Preti, représentante du Cartel intersyndical du personnel de l’Etat. « Ces lois sont absurdes et impraticables », tranche Alice Lefrançois du syndicat SIT.
Corset budgétaire VS solidarité
L’inquiétude est aussi palpable du côté de l’Avivo, association de défense des aînés, ou de la Fédération genevoise d’associations de personnes handicapées et de leurs proches (FéGAPH). « Ces deux lois budgétaires menacent notre modèle social. Elles sont un corset budgétaire qui coupe dans la solidarité. La population des plus de 65 ans va passer à de 16 à 25 % d’ici 2040 et les besoins augmenteront », précise Ueli Leuenberger, président de l’Avivo. « Si ces lois passent, le temps d’attente aux urgences des HUG s’allongera. On renverra plus rapidement les patients à la maison après opération », explique Adrien Rastello, jeune infirmier en gériatrie aux Trois-Chêne et délégué syndical SSP.
« Nous sommes vent debout contre ces textes. Toute attaque contre la fonction publique a un impact sur l’ensemble de travailleurs, qui ont besoin d’écoles, de transports ou de structures de soins délivrant des prestations de qualité », renchérit Davide de Filippo pour la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS). « Ces lois sont anti-démocratiques, car elles privent le parlement du pouvoir d’élaborer le budget, acte politique fondamental dans notre démocratie », tance Julien Nicolet-dit-Félix élu des Vert.e.s.
« Pour déroger à ces lois contraignantes, une majorité qualifiée des deux tiers serait requise au Grand Conseil. En pratique, cela accorde un véritable droit de veto à une minorité PLR-UDC, qui pourrait bloquer toute tentative de répondre aux nécessités sociales, écologiques ou économiques. C’est un hold-up démocratique, incompatible avec les principes de base de notre République », rappelle encore le comité référendaire, qui craint une société à deux vitesses faisant payer le prix fort aux classes moyenne et populaire.
Réseau piétonnier et coopératives
La gauche, dont le PdT et solidaritéS, de même que les syndicats soutiennent l’initiative populaire 192 « Initiative piétonne : pour un canton qui marche », la préférant au contre-projet du Grand Conseil. Le texte demande la création d’un véritable réseau piétonnier « continu, direct, confortable et sécurisé » composé d’axes directs reliant quartiers et localités. Ces forces soutiennent également l’initiative populaire 180 « Pour + de logements en coopérative ». « Le texte propose d’inscrire dans la loi un socle minimal de 10 % de logements en coopérative sur l’ensemble du parc d’habitation du canton. Cela conduirait à doubler le nombre de logements coopératifs à Genève qui ne compte actuellement que 5 % d’appartements en coopérative », explique la CODHA, cheville ouvrière du texte. En revanche, ils rejettent l’initiative « OUI, je protège la police qui me protège ! ». Le texte prévoit qu’un policier ne pourra faire l’objet d’une enquête pénale pour des actes liés à sa fonction qu’avec l’autorisation du Grand Conseil.
Voix populaire N° 39, 16 septembre 2025, Joel Depommier