Contre les particules fines, transports publics gratuits !

Le Service cantonal de protection de l’air a révélé que, le 1er février, en Ville de Genève, la concentration en particules fines (PM10) avait atteint le triple de la valeur journalière admise par les normes Opair! Pour le Conseiller d’Etat en charge du dossier, Robert Cramer, «Genève n’a jamais connu un tel épisode de pollution lié aux particules fines» (TdG, 4-5 février). L’étude suisse SAPALDIA de 1991-1993 révélait pourtant que Genève et Lugano étaient alors parmi les agglomérations les plus affectées, avec une concentration de PM10 deux fois supérieure, en moyenne annuelle, à celle des régions les moins polluées. Ces deux villes présentaient aussi la plus forte proportion de personnes présentant une fonction pulmonaire diminuée.

Rappelons que ces particules de moins de 10 millièmes de millimètre sont les polluants atmosphériques les plus nocifs pour la santé, responsables de nombreuses affections respiratoires (toux chronique, bronchite, cancers, maladies cardio-vasculaires). Les plus fines d’entre elles peuvent même se répandre dans l’organisme (foie, cœur, cerveau), au-delà des alvéoles pulmonaires, par le biais de la circulation sanguine ou lymphatique. Dans les environnements exposés, on peut en inhaler quelque 50 millions d’unités à chaque inspiration.

En Suisse, les particules fines sont responsables de 6% des décès annuels: soit 3700 par an, contre 100 à 200 pour la pollution à l’ozone, 400 pour l’alcoolisme, 600 pour les accidents de la route et 1400 pour les suicides. Cela représente 42400 années potentielles de vie perdue: en d’autres termes, les victimes des PM10 meurent en moyenne 11,5 ans trop tôt. Dans le même ordre d’idées, la suppression des affections liées aux PM10 permettrait d’économiser 4,2 milliards par an sur les dépenses de santé en Suisse, soit environ 400 millions au niveau genevois (cf. Office fédéral de l’environnement, «Poussières fines: un fléau», Berne, 2005).

Dans la cuvette genevoise, c’est le trafic automobile et, sans aucun doute, le trafic aéroportuaire, qui contribuent le plus fortement à la pollution atmosphérique, notamment par les particules fines. Pour seule réponse à la situation de crise actuelle, Robert Cramer préconise d’éviter l’usage de la voiture ou de conduire «selon les principes de l’éco-drive». De son côté, Margaret Gerbase, cheffe de clinique aux HUG prévient: «Le vélo, le jogging, la marche à pied sont déconseillés». Restent donc les transports publics pour celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent rester à la maison!

solidaritéS y voit une raison de plus pour exiger sans délai la gratuité des transports publics, qui provoquerait une augmentation de leur fréquentation de 20%… Il suffirait d’élever l’impôt auto et les taxes aéroportuaires d’un tiers pour financer l’essentiel des recettes perdues, et pourtant ces taxes resteraient inférieures à la moyenne suisse. On comprend d’autant moins le refus des Verts de soutenir l’initiative pour la gratuité des TPG, que nous avons contribué à faire aboutir en juin, qu’ils manifestent aujourd’hui avec raison contre l’immobilisme des autorités!

Jean BATOU
in solidaritéS du 14 février 2006

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