Romands, n’imitez pas Zurich et son réseau de transport

PLAIDOYER – Avenir Suisse jette un nouveau pavé dans la mare: il y a trop de transports publics, ils sont mal financés et les usagers ne paient pas assez.

Ily a de la friture sur la ligne. Du moins sur les lignes ferroviaires et routières du pays, estime Avenir Suisse. Hier, les penseurs des grandes entreprises suisses, aux chaussures vernies et à la cravate impeccablement nouée, ont présenté un «livre blanc» sur la politique suisse des transports. Selon les auteurs, Rico Maggi et Angelo Geninazzi, le pays va droit dans le mur s’il continue à appliquer la même politique sans réfléchir. A l’heure de Rail 2030, ils préconisent une réforme et distillent leurs conseils.

S’étant concentrés sur la Suisse alémanique, les chercheurs ont délaissé la région romande. Mais, disent-ils, l’arc lémanique «en retard dans le développement des infrastructures routières et ferroviaires» a tout à apprendre des erreurs du passé. Pour cela, il faut notamment respecter trois axes:

AUGMENTER LES PRIX DES BILLETS! – Le système actuel n’est économiquement pas viable. Le subventionnement «flou» des lignes par le fonds d’infrastructure fait que les transports ne sont pas assez chers. En conséquence, les usagers en consomment toujours davantage. Résultat: les trains sont bondés et les autorités veulent créer toujours plus de lignes ferroviaires. Pour briser cette spirale, il faut lier usage et paiement. En d’autres termes, augmenter les prix des billets. «Ainsi, sur la ligne Zurich-Berne, les fonctionnaires voyageant en 1re classe aux heures de pointe devraient débourser plus», dit Rico Maggi. Le professeur d’économie à l’Uni de Lugano soutient la réforme des tarifs envisagée par les CFF. Mais il va plus loin: les usagers des trains vétustes, par exemple, entre Lausanne et Brigue, devraient, eux, «payer moins».

Du côté des autoroutes, il faudrait installer des péages. Les conducteurs paieraient selon les heures de pointe.

CRÉER MOINS DE RER – Les chercheurs fustigent la politique actuelle qui n’est pas coordonnée et a doté des régions parfois reculées de lignes «coûteuses». Mais ils critiquent aussi le développement des S-Bahn dans l’agglomération zurichoise. «Aujourd’hui, Zurich s’étend jusqu’en Argovie! Un réseau luxueux et cher. » Ils souhaitent que le financement des infrastructures ne soit plus appliqué au travers de lorgnettes régionales, mais avec une vision nationale. «Il faut des priorités!»

Dans ce sens, les troisièmes voies autoroutière et ferroviaire reliant Genève à Lausanne devraient être en tête de liste. En revanche, penser étendre les agglomérations de ces deux villes en multipliant les RER serait une très mauvaise idée.

DOPER LE TRAFIC INTERNATIONAL – Avenir Suisse estime que le transport international a été délaissé en Suisse alémanique. «Il y a une seule liaison TGV entre Zurich et Paris et on met 4 h 15 de Zurich à Munich, c’est absurde!» note Xavier Comtesse, directeur romand. La Confédération devrait vite revoir sa copie si elle espère compter en Europe et ne pas se faire doubler par les compagnieslow-cost. Sur ce point, au moins, les Romands et leurs nombreux TGV ont déjà une longueur d’avance.

NADINE HALTINER / 24 Heures

ZURICH

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