Les services sociaux font aussi partie du service public !

Directive Bolkenstein

Europe : Bolkestein, le retour

Lors d’une conférence de presse, l’eurodéputé Francis Wurtz, Patrick Le Hyaric et Raquel Garrido ont voulu « mettre en lumière » le danger d’une déréglementation imminente des services sociaux en Europe.

Après le secteur de l’énergie, des télécoms, des services postaux ou des transports, est-ce au tour des services sociaux de devoir se plier aux règles de la concurrence édictées par Bruxelles ? Les déclarations de la Commission européenne ne cessent d’inquiéter associations et ONG concernées. D’autant que les appétits du privé sont restés inassouvis depuis le retrait, en 2006, des services sociaux d’intérêt général (SSIG) du champ d’application de la directive Bolkestein qui entendait libéraliser le secteur des services.

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Forum Social Mondial 2009

Bélem, Brésil du 27.1. au 1.2.2009

Lancé pour la première fois en 2001 en réaction au forum de Davos, le Forum social mondial a eu lieu à nouveau au Brésil cette année, après plusieurs éditions dans d’autres pays. Les diverses activités autogérées du FSM ont été axées sur l’un des 10 objectifs ci-dessus. Elles ont été proposées par des organisations, des groupes d’organisations ou réseaux, au cours du processus d’inscription des activités pour le FSM 2009. Les objectifs ont été fixés après une vaste consultation publique auprès de divers organisations et entités qui participent au processus du FSM.

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Crise ? Mais de quelle crise parle-t-on ?

Acidus mais à votre disposition l’article de l’association Attac au sujet de l’actuelle crise. C’est une manière de contribuer à la réflexion sur un sujet compliqué.

La crise structurelle du système capitaliste

Le jeudi 16 octobre, le Conseil fédéral, la BNS et la commission fédérale des banques ont annoncé un plan dit «de sauvetage» de plus de 60 milliards de francs suisses pour l’UBS. Sans soumettre le plan à la décision démocratique – c’est-à-dire à la décision des salarié-e-s qui paient régulièrement leurs impôts – le Conseil fédéral socialise les pertes d’une entreprise privée qui a perdu son capital à travers des spéculations financières. Même la Tribune de Genève, journal qui n’est pas suspecté de gauchisme, titre ce plan «socialisation des pertes et privatisation des profits».

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Acidus : Une association « piquante », selon le SEV

ES- édition SEV – n°23 – page 9

Andrea Eggli nous explique ce qu’est l’Association citoyenne pour la défense des usagers du service public, dont elle est la présidente.

Memo
La défense du service public, voilà un vaste programme pour la toute jeune association lausannoise Acidus. Or, par des actions concrètes et leur site internet bien fait, les membres réussissent à alimenter le débat et obtiennent parfois de belles réussites, aux côtés bien sûr d’autres associations ou partis politiques.

A l’origine, les membres d’Acidus étaient regroupés sous le nom de « Comité contre la fermeture des offices postaux de Lausanne ». En effet, au début des années 2000, trois différents comités de défense avaient été mis en place lors de restructurations annoncées par La Poste. A la fin de cette « aventure », les participantes (eh oui, il n’y a quasi que des femmes au sein de l’association, seul le webmaster est un homme) n’ont pas souhaité se dissoudre et ont décidé de maintenir le groupe sous le nom d’Acidus, pour la défense du service public en général.

Plusieurs campagnes ont animé Acidus depuis le début de son existence : la caisse unique, la lutte contre l’autonomisation du service des automobiles et de la navigation du canton de Vaud (qui a obtenu un beau succès !), entre autres, et, tout récemment, la votation sur la santé du 1er juin. Son champ d’action est vaste, puisqu’il s’agit avant tout de la défense du service public, en passant bien sûr par les transports publics. Par exemple, lors du début de la crise Cargo, l’association a décidé d’envoyer un message de soutien aux employés CFF concernés et ont tâché de transmettre au plus grand nombre les pétitions du SEV.

Politiquement, l’association n’est attachée à aucun parti. Elle défend avant tout le service public. Les 15 membres viennent de la région lausannoise, mais les sujets de lutte peuvent être locaux, cantonaux ou nationaux. L’association est organisée en groupes de travail ayant chacun un thème particulier à traiter : eau, électricité, transports ou usagers. Ces groupes varient aussi selon l’actualité. Le but est notamment « d’inciter les usagers à défendre eux-mêmes le service public auquel ils ont droit en tant que contribuables et partie prenante du contrat social ». Une autre tâche est bien sûr « d’obtenir des autorités fédérales, cantonales et communales l’engagement de promouvoir et de développer un service public de qualité, respectueux des usagers, des employés et de l’environnement, accessible à tous et économiquement performant, selon les principes d’égalité et de solidarité ». Dans ce cadre-là, lors des élections communales de 2006 et des élections cantonales de 2007, un questionnaire a été envoyé afin de sonder les différents candidats sur ce qu’ils avaient l’intention de faire pour le service public. Ces données ont ensuite été envoyées à la presse et publiées sur le site. Une manière tout à fait intelligente de lutter pour ses idéaux et de savoir qui les défendra au mieux.
Henriette Schaffter

L’OMC et l’énergie : une dépêche inquiétante

Par Par Anne RENAUT AFP – Jeudi 15 novembre, 18h07
ROME (AFP) – Les groupes d’énergie, qui terminent jeudi leur congrès à Rome, réclament à l’OMC de nouvelles règles pour le commerce de leur secteur tenant compte des besoins en énergie propre et de la nationalisation de l’électricité ou du pétrole dans certains pays.

Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Pascal Lamy a reconnu jeudi à Rome devant le 20è Congrès mondial de l’Energie (CME) les « spécificités » de ce secteur, et le besoin de règles « plus justes ».
L’OMC doit « ouvrir un nouveau chapitre » de négociations sur l’énergie, a affirmé auparavant Gérald Doucet, secrétaire général du CME.
« Une réflexion est à engager avec l’OMC pour créer une véritable internationalisation des marchés de l’énergie qui génère des solidarités », a aussi estimé le PDG d’EDF Pierre Gadonneix, qui présidera le CME à l’issue du congrès.
L’énergie a jusqu’à présent « très largement échappé à l’OMC », car « ce n’est pas un produit comme les autres, considéré souvent comme stratégique par les Etats », explique Jean-Jacques Percebois, spécialisé dans l’économie de l’énergie.
« Il y a des mouvements de nationalisations de compagnies pétrolières », notamment en Amérique latine, tandis que « l’électricité et le gaz sont souvent réservés à des marchés nationaux ou continentaux », relève-t-il. Continuer la lecture

L’empire de la consommation, La planète comme shopping center, par Eduardo Galeano

Mondialisation.ca, Le 22 mai 2007
EcoPortal

Un joli texte sur la toxicomanie consommatoire du GRAND écrivain Eduardo Galeano.

Le droit au gaspillage, privilège de quelques-uns, est censé être une liberté collective. La civilisation actuelle ne laisse pas dormir les fleurs, ni les poules, ni les gens. Dans les serres, les fleurs subissent la lumière en continu, afin qu’elles fleurissent plus vite. Dans les usines à œufs, même les poules ont été interdites de nuit. Les gens ont également été condamnés à l’insomnie, à cause de l’anxiété d’acheter et de l’angoisse de payer.

L’explosion de la consommation dans le monde actuel fait plus de bruit que toutes les guerres et met le monde plus en émoi que tous les carnavals. Comme le dit un vieux proverbe turc : « Qui boit à crédit, se soûle deux fois ». Continuer la lecture

Rapport du Conseil fédéral sur les négociations à l’OMC/AGCS et les dérogations dans le domaine des services publics et du système desubvention

Rapport du Conseil fédéral sur les négociations à l’OMC/AGCS et les dérogations dans le domaine des services publics et du système de subvention
Réponse au postulat 03.3456 de la Commission de politique extérieure du Conseil national du 14 août 2003
« Négociations de l’OMC. Dérogations dans le secteur des services publics et aides publiques. » le 2 décembre 2005 2
Condensé
L’économie suisse est principalement une économie de services : le commerce de services joue un rôle majeur, tant sur le marché domestique qu’au niveau du commerce extérieur. La libéralisation de l’accès aux marchés mondiaux est déterminante non seulement pour les exportateurs suisses de services, mais aussi pour l’économie dans son ensemble. Les Membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont mis en place le seul accord multilatéral sur les services existant à l’heure actuelle, l’« Accord général sur le commerce des services » (AGCS), afin que tous soient sur un pied d’égalité sur les marchés mondiaux..
Le présent rapport remplit le postulat 03.3456 de la Commission de politique extérieure du Conseil national du 14 août 2003 qui invite le Conseil fédéral à présenter au Parlement, dans la perspective des négociations qui se déroulent dans le cadre de l’OMC, un rapport sur les dérogations qui pourraient se relever nécessaires aux plans national, cantonal et communal dans le secteur des services publics, notamment en ce qui concerne les aides publiques. Le rapport démontre l’importance de l’AGCS pour la Suisse et en explique les principes. Il expose par ailleurs la stratégie du Conseil fédéral concernant les négociations en cours dans le cadre du cycle de Doha et présente la structure des négociations et les processus de consultation. Les engagements contractés par la Suisse et ceux qu’elle a proposés sont notamment analysés en détail sous l’angle du service public et des régimes de subvention. Le rapport traite également, en réponse à la demande des postulants, de la question des dérogations qui pourraient se révéler nécessaires sur les plans national, cantonal et communal dans le secteur des services publics. Il est entre autres fondé sur les réponses du Conseil fédéral aux interpellations Gysin 03.3078, Strahm 02.3712, Ehrler 02.3613, Bühlmann 03.3168, Vollmer 02.3095, Bruderer 02.3298 et à la motion Zisyadis 02.3478.
Le rapport décrit la souplesse de l’AGCS. Il est en effet possible de prendre des engagements concernant l’accès aux marchés et le traitement national et de décrire précisément les secteurs concernés par ces engagements, en stipulant les réserves, le cas échéant.
Cette souplesse n’est pas synonyme de risque pour le service public ; elle est au contraire idéale pour le protéger. Le rapport souligne les expériences, toujours positives, que la Suisse a faites avec l’AGCS dans le cadre du service public. Depuis que l’accord existe, il n’y a pas eu de problèmes se soldant par une réduction du service public du fait de l’AGCS. La ligne de conduite adoptée par le Conseil fédéral, qui consiste à ne pas prendre d’engagements contrevenant à la législation en vigueur sur le service public, s’est révélée un succès tant dans les négociations que dans l’application des résultats. Cela tient notamment au fait que la Suisse a, par rapport à d’autres pays économiquement avancés, une législation particulièrement élaborée concernant le service public. Les spécificités de notre législation en matière de service public et de fédéralisme sont ainsi totalement respectées.
S’agissant des régimes de subvention, le Conseil fédéral part du principe que d’éventuels engagements spécifiques de la Suisse ayant trait au traitement national seraient applicables aussi aux politiques de subvention. Par conséquent, s’il existe des engagements spécifiques de ce type, l’octroi de subventions ne doit pas entraîner dans les faits de discrimination des fournisseurs de services étrangers. Il va de soi que d’autres critères de décision, non discriminatoires, pour l’attribution de subventions sont réservés et qu’ils peuvent continuer d’être appliqués même si des engagements spécifiques ont été pris en faveur du traitement national. Cela reflète l’approche de l’AGCS, qui consiste à se concentrer sur les deux thèmes principaux de l’accès aux marchés et du traitement national pour le commerce des services.
Concernant la nécessité d’une clause d’exception horizontale, le Conseil fédéral a constaté qu’une exclusion horizontale des prestations du service public n’était pas une bonne solution pour la Suisse et que cette voie irait à l’encontre de ses intérêts. Du fait de la structure de l’AGCS et des négociations ainsi que de la stratégie, jusque-là efficace, du Conseil fédéral, il serait judicieux de continuer à examiner d’éventuels engagements dans chaque secteur et de ne pas opter pour une clause horizontale. Le service public et les possibilités existant pour son financement sont ainsi suffisamment protégés et il n’est pas nécessaire de prévoir une exception pour le service public dans la liste d’engagements. La stratégie du Conseil fédéral, qui consiste à tenir compte de l’ensemble de la législation ayant trait au service public avant de décider de contracter des engagements dans ce domaine, garantit qu’il n’y aura pas
non plus de problèmes à l’avenir.

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Définition de l’usager des services publics

Introduction de Jeannot Gilles, l’usager des services publics, Paris, PUF, Que sais-je, 1998

L’usager des services publics ; l’expression fait bloc. L’usage, en l’occurrence, consacre cette liaison. Si on parle de « l’usager des transports en commun » ou de « l’usager des services administratifs », « l’usager de la brosse à dent » ou « l’usager du presse purée » semblent plus mal venus. On est, le plus souvent sinon exclusivement, usager d’un service public, d’un équipement public (piscine, centre de loisir..) d’un domaine public (la route, un parc,…) ou d’un bien public, comme la langue, la monnaie ou une méthode mise à disposition de tous7. Ainsi, c’est moins l’usage en soi qui définit l’usager qu’une certaine relation établie avec la sphère publique. Cet aspect s’inscrit dans une histoire mouvementée de ce terme.

Attesté dès le XIVe siècle, le terme « usager » désigne un membre d’une communauté qui possède de manière collective bois et pâtures : les « usages » ou les « communaux ». L’usager se définit alors par une appartenance et une appropriation de la terre, même si celle-ci est indivisible entre les membres présents et à venir de la communauté. Cette tenure collective fait le pendant d’un autre régime d’appropriation, associé au système féodal, par lequel le vassal tient sa propriété de son suzerain et peut accorder, moyennant paiement d’une redevance, le droit d’utiliser cette terre. Par là, la filiation de ce terme se distingue aussi de celle des premiers services publics qu’étaient les fours et moulins banaux8. Le moulin banal appartient au seigneur et les paysans sont contraints d’y porter leur grain. Ils n’en sont pas, au sens de cette époque, usagers. Ainsi se dessine déjà une opposition entre deux formes de relation à la chose publique, l’une à travers une appropriation communautaire et l’autre à travers une prestation de service.

Cette tenure collective qui a survécu à l’ombre du système féodal est attaquée dès le seizième siècle. Mais, à la différence de l’Angleterre (enclosures), la mise en cause sera progressive, le code forestier en 1827 transformant finalement en simple servitude cette forme de copropriété des habitants. Cette progressivité se révèle dans des détournements du vocabulaire. De la commune « pâturage appartenant à une communauté d’habitants » telle que la définit l’encyclopédie Diderot, on passe en 1793 à la commune « société de citoyens » puis à la commune personne juridique. Les communaux rentreront alors dans le domaine privé de la commune9. Les habitants ne sont plus alors porteurs que d’un « droit d’usage », le terme d’usager se restreint alors au sens qu’il lui est donné dans les articles 625 à 636 du code civil.

L’usager dans le code civil comme l’usufruitier, sont des catégories issues du droit romain : le jus utendi ou usus, droit d’user de la chose et jus fruendi ou fructus, droit de recueillir les fruits. Le droit d’usage en ce sens est une version limitée du droit de l’usufruitier : un droit incessible et, hormis dans le cas d’une habitation, tellement réduit que l’on a admis que celui à qui était fait un legs d’usage pourrait percevoir la part de fruits nécessaire à ses besoins et à ceux de sa famille. L’usager en ce sens est celui qui a un droit d’usage restreint et incessible sur un bien.

C’est par un glissement de ce sens dans la langue juridique que naît son emploi moderne, alors que se forge la nouvelle théorie du service public au début du siècle. Dans un arrêt fondateur de 1906, la question fondamentale pour le commissaire du gouvernement Romieu, à propos des utilisateurs d’une ligne de tramway, s’énonce ainsi : « Il faut donc rechercher si les usagers ont un droit au fond à exiger l’intervention de l’administration »10. L’emploi de ce terme ne se généralisera qu’un peu plus tard alors que cette idée de droit d’usage se diffuse dans la société comme le constate, inquiet, un observateur de 1926 : « Si ce mauvais état des chaussées justifie en partie les nombreuses réclamations qui émanent des usagers, ceux-ci sont devenus beaucoup plus exigeants qu’ils ne l’étaient avant 1914″11. Derrière l’usager râleur, promis à un bel avenir, se profile les prémisses d’une revendication collective.

Cependant, l’effectivité de l’accès aux services public se jouera moins dans le monde des juristes que, quelques années plus tard, dans celui des ingénieurs. Après la seconde guerre mondiale, il faut attendre la fin des années cinquante pour que l’usager s’impose comme une catégorie centrale de l’action publique. Dans l’immédiat après guerre, les préoccupations vont plutôt vers les infrastructures « lourdes » que vers la consommation. Le premier Plan de modernisation et d’équipement ne classait qu’en fin de liste des priorités la production de biens de consommations, fussent-ils « essentiels ». Pour l’habitat, la période dite de « reconstruction » est une période durant laquelle on construit en fait très peu, les premiers programmes importants de logements qui viennent apporter une réponse à une crise du logement antérieure à la guerre émergent vers 1955. Progressivement, cependant, alors que l’on sort de la pénurie, se pose la question de l’adéquation de l’offre et de la demande des ménages. Les ingénieurs sont alors contraints de s’éloigner de la seule résolution de problèmes techniques pour saisir des problèmes sociaux. Cette période est aussi celle de la diffusion des nouvelles méthodes d’organisation du travail issues des missions de productivité effectuées par les ingénieurs et les industriels aux États-Unis qui trouveront des applications dans l’offre de biens de consommation.

L’usager apparaît alors au confluent de la jonction entre l’offre et la demande et de la diffusion au sein de l’intervention publique d’un projet de rationalisation industrielle. Il devient une des composantes du projet de rationalisation de la production. Les « grilles d’équipement » de l’ingénieur Dupont publiées en 1959 dans la revue Urbanisme12, et actualisées à plusieurs reprises par la suite, témoignent, dans ce domaine, de ce projet « d’ordonner la technique à l’humain » ainsi que le propose P. Sudreau le ministre de la construction de l’époque. Concrètement, il s’agit pour une ville d’une taille donnée de préciser toutes les surfaces des constructions des logements et des équipements associés (le lycée, la gendarmerie, la poste, le service social, la piscine…). On mobilise alors diverses enquêtes pour définir ces normes de besoins. Pour les transports urbains, dès 1965 sont engagées les « enquêtes ménages » réalisées par interviews. Elles permettent de recueillir les caractéristiques de chacun des déplacements effectués la veille (motif, durée, moyen de transport utilisé…), de dégager des nombres de déplacements moyens par personne et par motif et donc des dimensions des d’infrastructures à prévoir.

S’il y bien une prise en compte, par ces ingénieurs, des besoins, la logique de l’offre reste dominante, et l’usager est tenu de rentrer dans les cadres imposés par les contraintes propres aux services publics. Il faut donc rationaliser les comportements. C’est là tout le processus éducatif des services publics. L’action d’EDF est sûrement l’une des plus élaborée dans ce domaine. En effet l’électricité étant non stockable et les coûts d’infrastructures très importants, développer les usages et répartir au mieux la demande sur la durée est un enjeu essentiel. Dès 1960 des « conseillères ménagères » sont envoyées dans les foyers pour faire la démonstration de la supériorité de l’électricité sur le bois, le gaz ou le charbon. De même, l’application des principes de la tarification au coût marginal, à la même époque, malgré des différences de méthode, ne relève pas d’une autre finalité (cf. chap. II). Puis ce seront les campagnes pour le chauffage électrique intégré qui promeuvent parmi les usagers de nouvelles normes d’isolation, ceci jusqu’aux campagnes anti-gaspi après la crise pétrolière de 1973.
mouvement des voyageurs s’effectue pendant les pointes d’une façon comparable à celui d’un flux dans la conduite. L’un comme l’autre subissent les effets de l’état, des dimensions et du profil de l’espace environnant qui agissent sur leur déformabilité, leur compressibilité, leur vitesse d’écoulement et sont susceptibles, s’ils sont mal adaptés de donner lieu à des effets tourbillonnaires, à des coups de bélier, à des pertes de charge exagérées (…) »13.

Besoins à satisfaire, comportements à encadrer, flux à écouler…, l’exemple des grilles d’équipement ou la dernière citation accréditent la vision critique d’une machine disciplinaire, promue par les disciples de Michel Foucault. Cependant, progressivement, la violence de l’encadrement des comportements s’estompe, soit que l’éducation du public soit accomplie, soit que les contraintes techniques s’allègent. L’offre de services publics s’inscrit dans la dynamique plus large du développement de la consommation. Les services sont de plus en plus disponibles et, progressivement, le niveau de qualité s’accroît. Des programmes d’équipement viennent redonner un nouveau souffle aux grands services publics de réseaux : programme électronucléaire lancé en 1974 ; RER A pour la RATP, dont le tronçon central est ouvert en 1977 ; achèvement du « rattrapage » téléphonique vers la fin de cette décennie ; TGV, dont la première ligne est ouverte en 1981 et qui se développe encore. Ce renouveau technologique n’invalide pas encore le principe industriel de standardisation de l’offre.

Le service public se construit alors à partir du compromis entre un principe d’uniformité d’une offre industrialisée et un principe d’égalité de traitement. La péréquation tarifaire comme une certaine rigidité bureaucratique et une standardisation des produits offerts actualisent au quotidien pour les français ce compromis. Le compteur bleu (1963), la carte orange (1975) et le téléphone gris ont sûrement autant fait pour propager l’idée d’une égalité des citoyens devant les services publics que bien des jurisprudences du Conseil d’Etat inconnues des usagers. Cette égalité peut aussi être lue en termes moins positifs, comme égalisation, comme non-reconnaissance de la singularité de chaque situation. Saisis au pluriels les usagers sont alors la référence de l’action, objets de mesure et d’enquêtes, mais saisi au singulier, chaque usager apparaît avec ses attentes et pratiques singulières comme un grain de sable qui risque de bloquer la machine.

Deux mouvements, relativement récents viennent cependant réintroduire la singularité de l’usager dans les dispositifs de production des services publics.
– Des services publics ont été conduits à s’interroger activement sur ce qui fait la qualité de leurs prestations aux usagers et à introduire de nouvelles méthodes de gestion plus réactives.
– Diverses tentatives de dérégulation ou de privatisation, encore qu’aucun de ces termes ne soit vraiment adéquat, ont tendu à bousculer certaines rigidités bureaucratiques ou à remettre en cause des monopoles en faisant de l’usager un acteur économique sur un marché.

Ces deux mouvements sont souvent confondus à travers l’évocation du passage de l’ « usager » au « client », ils sont cependant disjoints. Le premier fait écho à une évolution de l’organisation du travail dans les entreprises de services qu’elles soient publiques ou privées, le second s’inscrit dans une réflexion sur les modalités de régulation de l’offre publique sur un marché. Les implications du premier sont plutôt du côté de l’organisation du travail, celles du second du côté du statut de ces services dans la société. Leurs domaines de pertinence ne sont pas les mêmes non plus. La réflexion sur l’ouverture au marché concerne seulement les services qui sont facturés aux usagers alors que les transformations du travail, comme l’informatisation, se retrouvent aussi bien dans les services publics industriels que dans les administrations. Mais leurs effets directs et indirects s’entrecroisent souvent dans la sphère large des services publics incluant aussi bien les grands monopoles de services, comme EDF ou France télécom, les administrations ou les services publics locaux.

Le présent ouvrage est consacré à ces dernières mutations et à l’évolution du statut de l’usager dans sa relation avec les services publics qu’elles entraînent, autour des transformations dans le domaine de la gestion (chapitre I), autour de l’introduction de régulations de marché (chapitre II), pour saisir enfin (chapitre III) comment tout ceci conduit à ressaisir l’histoire des relations entre la figure de l’usager et celle du citoyen. L’attention sera plus particulièrement portée sur les services publics industriels et commerciaux, sans cependant négliger les autres services publics lorsque certaines tendances y sont plus clairement illustrées. Ces mouvements trouvent leur origine au sein de l’appareil de production des services publics et non dans l’émergence d’un rassemblement d’usagers. Ceci explique ce qui n’est qu’apparemment un paradoxe, le fait que, dans cet ouvrage consacré aux usagers des services publics, il sera plus question des services publics et de leur évolution que des usagers eux mêmes, de leurs attentes ou de leurs pratiques. L’usager ne préexiste pas aux relations ouvertes entre les pouvoirs publics et l’individu par la mise à disposition d’un service, relation de service, relation marchande, relation de citoyenneté.

Le service public et ses usagers

(Source : La Documentation française)

L’évolution du rapport des usagers aux services publics est au coeur de la remise en question du mode traditionnel de fourniture des services publics. Longtemps, pourtant, les usagers n’ont pas eu un rôle prééminent dans la définition et l’évolution des services publics, le point de vue des ingénieurs l’emportant souvent devant les considérations d’accès et de facilité d’usage lors des choix décisifs en matières de fourniture des services publics.

Or, l’émergence de la notion de service public s’est fondée en grande partie sur l’importance à accorder aux droits des utilisateurs des services publics. La reconnaissance des droits des usagers face aux services publics remonte à l’arrêt Syndicat des propriétaires et contribuables du quartier Croix-de-Seguey-Tivoli du Conseil d’Etat de 1906.

De même, les droits de l’usager des services publics font partie à part entière de la notion de service public pour l’école du service public, et notamment Pierre Laroque qui les juge fondamentaux.

Ce n’est cependant que récemment que la singularité de l’usager a été réintroduite dans la conception du service public. Longtemps la logique domnante fut celle de l’offre, avant la considération des intérêts et besoins de l’usager : « l’usager est tenu de rentrer dans les cadres imposés par les contraintes propres aux services publics » (Jeannot, 1998).

On a assisté ainsi à un renforcement progressif de la dimension marchande du service public, même si l’idée que l’usager doive payer le service à son coût est présente depuis longtemps dans la notion de service public à la française. Auparavant, ce dernier était avant tout vu comme devant être servi uniformément (principe d’égalité).

Cette évolution est en partie due à la libéralisation de certains secteurs qui ont offert la possibilité aux usagers de s’adresser à des prestataires autres. Peu à peu, sous l’effet conjugué de la libéralisation, mais aussi d’attentes croissantes vis-à-vis du service rendu, nous sommes passés d’une logique d’usager à une logique (dans une certaine mesure) de client dans les services publics en réseaux.

Ce phénomène est particulièrement visible dans les télécommunications, où le client peut désormais choisir l’opérateur de son choix, voire dans l’énergie où la concurrence avec l’opérateur historique autrefois monopole public commence à se développer pour certains consommateurs éligibles. Dès lors, la qualité de la prestation devient plus importante que la seule présence du service. Le service public doit tenir compte de ses usagers, offrir des prestations différenciées selon les préférences des clients, au risque même de remettre en question le principe d’égalité devant le service public qui veut que tous les usagers soient traités de la même manière.

L’obsolescence de la notion d’usager dans les services publics français provient également de l’influence exercée par la commission européenne où la rethorique du consommateur est fortement présente.

Le problème de la continuité des services publics en cas de grève des agents n’en devient que plus polémique. Les exigences des Français en termes de qualité et de performance des services publics trouvent écho chez les hommes politiques et en particulier chez le Président de la République , ce qui se traduit désormais régulièrement par des propositions de loi en faveur d’un service minimum.

Ce nouveau regard des Français et des européens à l’égard des services publics a fortement contribué à la redéfinition des contours du service public.

(Source : La Documentation française)

Le service public, un multiplicateur de bien commun

Nous défendons les services publics. Mais sait-on ce que cela signifie?
Un service public est tout d’abord une activité considérée comme étant d’ intérêt général. Formulé souvent sous la forme d’un droit fondamental comme ceux qui ont été proclamés au cours de l’établissement de la démocratie (Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, Préambule de 1946, Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies 1946), afin de garantir l’égalité et d’assurer la cohésion sociale: le droit à l’éducation, à la santé, à la culture, au travail, au logement, à un minimum pour vivre, à l’accès à l’eau, à l’électricité, à des moyens de transport et de communication… Dès lors, au regard de cette mission dont le coût est pris en charge par la collectivité, l’objectif de rentabilité doit s’effacer devant celui de service équitable.
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